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L'art graphique au service de l'Histoire

rapport-gaétan-nocq

En septembre 1940, l'officier polonais Witold Pilecki s'infiltre dans le camp d'Auschwitz en se mêlant à une rafle conduite à Varsovie. Il s'est muni de faux papiers. Sa mission sous l'identité de Tomasz Serafinski : monter un réseau pour organiser le soulèvement du camp. Pour cela, il doit communiquer avec l'armée secrète polonaise et trouver les moyens de faire sortir des informations.
Cet album est le fruit d'une étroite collaboration entre Gaétan Nocq, dessinateur, et Isabelle Davion, historienne et dont les recherches portent principalement sur les deux conflits mondiaux du 20e siècle.
Cette démarche en commun, précisément, fait que cet album est très réussi. Mais pas seulement, il y a aussi le travail rigoureux de Gaétan Nocq. À deux reprises, il s'est rendu au camp d'Auschwitz. Sur place, il a dessiné, photographié, tant il voulait se rapprocher le plus possible de l'ambiance du lieu, en saisir les moindres détails qui figureraient dans la bande dessinée.

gaétan nocq, rapport w
Page 26 de l'album

Durant ses trois années de captivité volontaire, Witold Pikecti découvre le pire. Car en effet, il ne s'attendait pas à trouver des conditions de vie si difficiles. Il lui faudra redoubler de ruse et du professionnalisme digne d'une activité d'espionnage pour mettre en place le réseau. Avec force codes et phrases à double sens, il lui faudra déjouer la vigilance des Allemands et des kapos les plus retors. Tout ceci est parfaitement détaillé, le lecteur s'y perd mais la seconde lecture forte à propos amène les éclaircissements nécessaires.

Au printemps 1943, Witold Pilecki s'échappe du camp. Son rapport donne donc de précieuses indications sur le fonctionnement d'Auschwitz sur une période peu informée. On assiste au glissement du camp de travail vers le camp d'extermination : à proximité, les prisonniers polonais construisent les baraquements de Birkenau. Progressivement, ce ne sont plus des Polonais qui seront regroupés là mais des personnes, hommes, femmes et enfants, de confession juive.

Extrait p. 118 :

[...] Au tout début, des prisonniers de droit commun allemands relayaient les SS dans l'encadrement des prisonniers. C'étaient les kapos. Ils formaient les premiers numéros de matricule. Le n°1 Bruno, et le n° 30 Léo, étaient les doyens du camp et comptaient parmi les bourreaux.
J'ai pu prendre contact avec six d'entre eux par des intermédiaires. Des membres du réseau allaient voir ces kapos, en faisant croire que c'était pour eux ou des amis, et ils obtenaient différents services. Ces six kapos ont commencé à nous aider sans connaître l'existence de notre réseau.
[...]

Extrait p. 170-171

[...] À Auschwitz, les Juifs étaient acheminés depuis la France, la Bohême, la Grèce et les Pays-Bas.  Au début de l'année 1942, à la surprise générale, les Juifs furent retirés du commando pénal et, associés aux nouveaux arrivants juifs, ils furent placés à de bons postes de travail. Ils travaillèrent au magasin de patates, au magasin de légumes. Mais aussi à l'atelier de confection de chaussettes. Ils ne se doutaient pas qu'il y avait derrière tout cela une idée insidieuse,une idée monstrueuse. Cela consistait à ce qu'ils écrivent régulièrement à leurs familles, qu'ils travaillaient dans ces ateliers et que tout allait bien. Après avoir écrit plusieurs mois sur leurs bonnes conditions de vie, ils furent brusquement retirés de leurs postes, puis liquidés.  À Birkenau, la construction des baraques en bois fut achevée pour le printemps. Chaque jour, des milliers de Juifs y étaient dirigés. [...]

L'album est d'un esthétisme saisissant. Les deux couleurs dominantes sont le rouge et le bleu qui par superposition dérivent vers d'autres tons proches. Le dessin est d'une sobriété extrême fait de contours comme floutés, avec une expressivité des corps, des visages, des gestes et des postures.

Un livret documentaire très complet de 21 pages signé par Isabelle Davion prolonge la démarche artistique de ce Rapport W.

Éditions Daniel Maghen ; 2019 ; 263 p. ; 29 €

Pour prolonger encore :

Podcast France Inter :
Rendez-vous avec X  : Witold Pilecki, un héros polonais

Le Biblioblog de Kris :
Un autre résistant polonais, Jan Karski : Jan Karski de Yannick Haenel

Tag(s) : #BD Mangas

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