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De la très belle littérature, oui. Mais pour la jeunesse, avec réserve dans sa version intégrale...

CROC-BLANC  Jack LONDON

Croc-Blanc est un des romans culte de la littérature jeunesse. Au moins peut-on s'interroger sur l'assignation à placer cet écrit dans le champ des livres destinés à un jeune public. Le début du roman dépeint le jeune Croc-Blanc. On trouve là des passages très attendrissants décrivant le louveteau qui se lance à la découverte du monde. Soumis à l'autorité de sa mère, il ne se départit pas d'une fougue qui le pousse à transgresser les interdits. On assiste alors à ses premières pérégrinations en dehors de la grotte où la famille a trouvé refuge. L'eau le surprend quand il croit pouvoir marcher dessus , il est ébloui autant par la lumière que par les dizaines de sons et d'odeurs nouvelles qui l'assaillent. Croc-Blanc s'aventure sur des terrains inconnus. Il découvre des animaux en apparence inoffensifs tels la terrible belette, ou encore cette mère lagopède, avide de vengeance après qu'il a dévoré ses petits.

Il les dévore vivants, l'implacable loi de la nature certes, mais London ne se prive pas de décrire les craquements d'os et les giclements de sang chaud dans la gueule de l'animal.

Extrait p.84, édition Maxi Poche jeunesse, 2004, traducteur non renseigné (!!) :
[...] Les poussins l’accueillirent par un tel tapage qu'il en fut d'abord effrayé. Puis il s'enhardit en constatant qu'ils étaient très petits. Ils bougeaient. Et quand il posa une patte sur l'un d'eux, celui-ci s'agita de plus belle. Il en ressentit un certain plaisir. Après avoir reniflé sa victime, il la prit dans sa gueule où il la sentit se débattre contre sa langue. Au même instant, il éprouva le besoin de manger. Ses mâchoires entrèrent en action. Il y eut des craquements d'os brisés et la chaleur du sang lui envahit la bouche. Le goût en était agréable. C'était de la nourriture semblable à celle que lui procurait sa mère. Mais celle-ci était vivante entre ses dents et il trouva cela bien meilleur. Il dévora donc le petit lagopède et ne s'arrêta de manger que quand il eut fait disparaître toute la nichée. Alors il se lécha longuement les babines comme il l'avait vu faire à sa mère, avant d'entreprendre de se glisser hors du buisson. [...]

Comme j'apprécie la sensibilisation aux problèmes de traduction d’œuvres de littérature étrangère, je ne résiste pas à vous fournir le même extrait traduit par "inconnu" car non renseigné (!!), source Bouquineux.com
[...] Avec un jappement angoissé, il culbuta sur le revers de l'arbre et brisa dans sa chute les branches feuillues d'un petit buisson au cœur duquel il se retrouva par terre, au beau milieu de sept petits poussins de ptarmigans. Ceux-ci se mirent à piailler et le louveteau, d'abord, en eut peur. Bientôt il se rendit compte de leur petitesse et il s'enhardit. Les poussins s'agitaient. Il posa sa patte sur l'un d'eux et les mouvements s'accentuèrent. Ce lui fut une satisfaction. Il flaira le poussin, puis le prit dans sa gueule ; l'oiseau se débattit et lui pinça la langue avec son bec. En même temps, le louveteau avait éprouvé la sensation de la faim. Ses mâchoires se rejoignirent. Les os fragiles craquèrent et du sang chaud coula dans son palais. Le goût en était bon. La viande était semblable à celle que lui apportait sa mère, mais était vivante entre ses dents et, par conséquent, meilleure. Il dévora donc le petit ptarmigan, et ainsi des autres, jusqu'à ce qu'il eût mangé toute la famille. Alors il se pourlécha les lèvres comme il avait vu faire à sa mère, puis il commença à ramper pour sortir du nid. [...]

Dans ce roman, il est beaucoup question du tiraillement entre liberté et soumission. La liberté se paye par la faim et la soumission par le manque de liberté. Lorsque Croc-Blanc et sa mère rejoignent une tribu indienne, ils mangent  enfin de manière régulière, mais il leur faut subir les violences des hommes, les attaques des chiens, les envies oppressantes de rejoindre la forêt pour y retrouver leur véritable nature d'animal sauvage et libre, mais possiblement affamé.
Croc-Blanc subit énormément de violence : les attaques de Lip-Lip, un gros chien dominant de la tribu, les coups de son maître qui ne manquent de pleuvoir à chaque faux pas. Il subira aussi la violence au travail. Placé en tête du traîneau, il ne peut s'arrêter car alors tous les chiens à sa suite se jetteraient sur lui. Comme si cela ne suffisait pas, Croc-Blanc sera séparé de sa mère. Dans une autre étape de sa laborieuse vie, il devient chien de combat sous la férule d'un nouveau maître, encore plus cruel que le précédent. Et bien sûr, scènes d'une énorme violence. Même si Croc-Blanc est perçu comme un chien robuste et intelligent, presque toujours gagnant, il n'en demeure pas moins que les difficultés auxquelles il fait face sont décrites par le menu, n'épargnant pas le lecteur.
Ce livre, initialement, n'a pas été écrit pour la littérature jeunesse. Il était  censé divertir le lecteur en racontant les expéditions dans le Grand Nord ainsi que la vie sauvage. On retrouve dans ce livre ce qui n'a pas cessé, la domination de l'homme blanc sur les indiens. Croc-Blanc considère ces derniers comme
des dieux car capables par exemple de construire des abris. Les hommes blancs qu'il côtoie plus tard sont des dieux d'une autre envergure parce qu'ils construisent des maisons en rondins de bois.

Extrait p. 168, édition Maxi Poche jeunesse :
[...] C'est à Fort Yukon que Croc-Blanc vit ses premiers hommes blancs. Comparés aux Indiens qu'il avait connus, ils lui apparurent comme des créatures d'un autre type, des dieux d'un niveau plus élevé. Il fut frappé par la supériorité de leur puissance, de cette puissance qui constitue précisément l'essence divine. Croc-Blanc n'y pensait pas de façon raisonnée, son esprit n'ayant pas la faculté d'établir de subtiles généralisations sur la supériorité des dieux blancs. Il s’agissait seulement d'une impression, mais qui ne s'en imposait pas moins fortement. De même que dans son jeune âge la haute silhouette des tipis dressés par les hommes lui était apparue comme une manifestation de puissance, de même était-il maintenant saisi de respect à la vue des maisons et de l'énorme fort en rondins massifs. Là était la puissance. Ces dieux blancs en étaient les détenteurs. Leur emprise sur la matière était bien supérieure à celle des dieux qu'il avait connus et parmi lesquels Castor-Gris, était le plus fort. Or, Castor-Gris n'était guère qu'un dieu enfant par rapport aux autres, à ceux qui avaient la peau blanche. [...]

croc-blanc, jack london, fort yukon
La vie à Fort Yukon en 1898

Autre traduction du même passage dans Bouquineux.com
[...] Ce fut à Fort Yukon que Croc-Blanc vit les premiers hommes blancs. Comparés aux Indiens qu'il avait connus, ils lui semblèrent des êtres d'une autre espèce, une race de dieux supérieurs. Son impression fut qu'ils possédaient un plus grand pouvoir, et c'est dans le pouvoir que réside la divinité des dieux. Ce fut un sentiment qu'il éprouva, plus qu'il ne raisonna cette impression. De même que dans son enfance l'ampleur des tentes, élevées par les premiers hommes qu'il avait rencontrés, avait frappé son esprit comme une manifestation de puissance, de même encore il était frappé maintenant par les maisons qu'il voyait et qui étaient construites, comme le fort lui-même, de rondins massifs. Voilà qui était de la puissance. Le pouvoir des dieux blancs était supérieur à celui des dieux qu'il avait adorés jusque-là, supérieur même à celui de Castor-Gris, de ceux-ci le plus puissant, et qui ne semblait plus, parmi les dieux à peau blanche, qu'un petit dieu enfant
. [...]
Un livre, donc, qui mérite un accompagnement quand on le fait lire à une jeunesse en période de préadolescence. Sensibilisation à la nature cruelle du monde sauvage mais aussi à la cruauté humaine motivée par la cupidité, placement dans le contexte historique, éléments biographiques sur Jack London.
En cliquant sur la photo de Jack London ci-dessous, accédez à l'excellente et très belle page de National Geographic consacrée à l'écrivain.

 

biographie jack london

 

 

Tag(s) : #Littérature étrangère

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