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Si on fonce, peut-on échapper à son passé ?

ghost, littérature jeunesse

Un terrible soir, Ghost prend conscience du fait qu'il peut courir vite, très vite. Encore un de ces soirs où son père, ivre, se montre violent. Mais cette fois, s'ajoute la menace d'une arme à feu.  Et le père tire sur sa femme, tire sur son fils. C'est là que Ghost détale à toutes jambes.
Plus tard, Ghost, en assistant à l'entraînement d'un club d'athlétisme, s'impose sur la ligne de départ, certain de battre le record de celui dont il vient d'observer la performance.
Castle Cranshaw, c'est le vrai nom de Ghost, est un gamin malmené par la vie. Il est balloté entre une famille pauvre, - père en prison, mère se tuant au travail - et le collège où il s'en prend à tout le monde, où il tente de se défendre de ceux qui se moquent de lui, où la lourdeur de la vie ne peut pas faire de lui un "élève normal". Il fait partie de ces adolescents qui ne sont pas en mesure d'exercer leur "métier d'élève".
Ce très chouette roman montre bien comment tout est lié, entremêlé, comment l'implacable environnement familial influence les comportements à l'école. Il parlera tout autant aux enseignants qu'aux élèves.
Dans la vie du collégien, il y a heureusement deux personnes très importantes. Ghost trouve en elles l'indispensable soutien à son développement psychologique. Il y le vieil épicier du coin, monsieur Charles, qui l'entoure d'une forme de tendresse bienveillante et puis il y a le coach sportif Brody qui va lui faire gagner en confiance, qui va aussi, d'une ferme autorité, aider le garçon à se conformer à des règles aussi bien sportives que citoyennes.

EXTRAIT 1 L'épicier
- Laisse-moi deviner, des graines de tournesol ? me demande tous les jours monsieur Charles en criant presque par-dessus le comptoir.
Même si on habite en ville, monsieur Charles appelle son magasin une "épicerie de campagne". Monsieur Charles, c'est le sosie de James Brown, sauf qu'il est blanc. Il me fournit en graines de tournesol cinq fois par semaine depuis... depuis quand, déjà ? Ah, ça y est : depuis le CM1, l'année où maman a commencé à travailler à l'hôpital. Donc ça fait environ trois ans.
Monsieur Charles, c'est aussi la personne qui m'a donné le Livre Guiness des records, et c'est dedans que j'ai entendu parler d'Andrew Dahl et de Charlotte Lee. Il me dit souvent qu'un jour, moi aussi, peut-être, j'établirai un record. Un vrai record. Pour être le meilleur du monde à quelque chose. Pourquoi pas. Mais il y a un truc dont je suis sûr, c'est que monsieur Charles détient un record : celui de la personne qui dit le plus souvent "Laisse-moi deviner, des graines de tournesol", parce qu'il le répète à chaque fois que je viens dans son épicerie. Ça signifie sans doute que je détiens moi aussi un record, avec ma réponse-type vociférée exactement sur le même ton.
- Laissez-moi deviner, un dollar ?
C'est ma réplique. Je l'ai prononcée des milliards de fois. Puis je tape dans sa main ridée en y glissant un billet d'un dollar, et, à son tour, il pose un sachet de graines dans la mienne.
[...]

EXTRAIT 2 Le coach
[...] Du revers de la main, le coach a balayé sur un côté tout ce qui traînait sur la banquette arrière pendant que moi, je me retournais pour ouvrir la portière. Ma mère est restée debout dehors un temps fou avant de se décider à grimper. Et même une fois dedans, elle a laissé la porte ouverte, un pied sur le trottoir, comme si elle voulait bondir hors de la voiture en cas de besoin. Comme tous les soirs ou presque, son sac était plein de boîtes en polystyrène dans lesquelles nous attendait notre dîner, du poulet au jus de viande ou autre repas dégueu mais gratuit. [...]
Le coach a ajusté le rétro pour voir ma mère à l'arrière.
- Je suis le coach Brody, mais on m'appelle "le coach". Je dirige l'équipe d'athlé municipale qui s'appelle les Défenseurs.
- Hm-hm. Et donc ?
- Et votre fils est venu, et, euh, il a assisté à mon cours aujourd'hui. Vous saviez qu'il savait courir ? a demandé le coach en me jetant un coup d’œil.
- Est-ce que je sais qu'il sait courir ?
Elle était assise juste derrière moi, mais je sentais bien les lasers dans ses yeux qui traversaient le repose-tête pour me cramer la nuque.
- Ouais, il court bien. je veux dire,
vraiment bien.
Ma mère a poussé une sorte de grognement. Moi, ce que j'avais de mieux à faire, c'était de la boucler. Pas question de me retourner et de la regarder. J'ai juste dit au coach de tourner à gauche quand on s'est rapprochés de ma rue.
Il a tourné à gauche et a continué de parler à ma mère :
- Et je pense qu'il a du potentiel. Avec un bon coach, il y a moyen qu'il fasse parler de lui.
J'avais l'impression d'avoir déjà vu cette scène dans tous les films sur le sport que j'avais regardés. Tous.
Madame, votre fils a du potentiel. Si c'était comme dans les films, soit j'allais marquer le but de la victoire (ce qui n'arrive jamais quand on fait de l'athlé), soit j'allais... mourir.
- Monsieur, je vous remercie, mais Cas fait déjà largement assez parler de lui comme ça. A l'heure actuelle, c'est sur l'école qu'il doit se concentrer, pas sur le sport.
J'ai indiqué au coach où il devait s'arrêter. Je parlais tout bas. Je me suis dit qu'il n'y avait aucune raison pour que la conversation traîne en longueur. Tout s'était passé exactement comme prévu. Donc j'étais même pas vénère. Il a mis son clignotant et s'est garé sur une place de parking. Puis il s'est retourné pour regarder ma mère dans les yeux.
[...]

Narré à la première personne, le récit emprunte le langage de Ghost mais sans exagération, car souvent dans ce cas de figure l'auteur est tenté d'abuser du langage outrancier du narrateur. Ici, cela reste très équilibré, un peu de verlan, une élision de l'adverbe de négation à laquelle on s'habitue assez vite, et quelques mots à la mode comme cool,  des trucs du genre, kiffer, etc...
On apprend beaucoup de choses sur l'entraînement des coureurs. Moi qui ne suis pas spécialement fan de sport, j'ai trouvé intéressant de découvrir les différentes techniques utilisées pour augmenter les performances. 
L'émotion est au rendez-vous et d'une manière subtile, non conforme aux exagérations parfois agaçantes du roman ado américain. Les séances émotions sont le plus souvent inattendues, très bien amenées et touchantes.
À travers l'histoire de Ghost, on assiste à l'évolution positive des relations qui se nouent au sein d'une équipe de jeunes athlètes.
Bibliothécaires, documentalistes, professeurs-documentalistes, n'hésitez pas. Intégrez Ghost dans votre fonds.

Éditions Milan ; 2019 ; 185 p. ; 13,90 € 
Traduit de l'américain par Aude Sécheret
Titre original : Ghost
Collège, lycée


 

Tag(s) : #Coup de coeur, #Littérature jeunesse

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