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l'ascendant,  alexandre postel

Vendeur de téléphones chez Phone Sweet Phone, le narrateur apprend la mort de son père survenue de manière inattendue à la suite d'un accident vasculaire cérébral. Il se rend donc dans en Auvergne afin d'accomplir les formalités d'usage. Un début de roman qui n'a rien d’exceptionnel sur le plan scénaristique mais motivé - entre autres choses - par le fait que notre narrateur se retrouve pour la première fois seul dans la maison de son père après qu'à la morgue on lui ait remis les effets du défunt. Parmi eux, une clé permettant l'accès à la cave mais qui restait attachée au cou du père sans que jamais le fils n'ait pu l'utiliser. Cave, endroit fantasmatique des terreurs d'enfant, ici réceptacle de ce que je ne peux que nommer "une étrange affaire" dans le souci de ne pas déflorer l'intrigue.
L'action se déroule sur six jours avec en point central la maison et surtout sa cave. A l'extérieur, l'homme s'occupe des obsèques, passe en mairie pour obtenir des certificats de décès, à l'intérieur il est livré à un mystère, à des questions sans réponse, à des souvenirs douloureux de la relation qu'il entretenait avec son père, à des prises de décision qu'il ne parvient jamais à réaliser, un tourment qui l'épuise, le fait boire et consommer des somnifères, renforçant par là même son impression d’irréalité.
Le temps de l'action resserré permet une narration qui s'attache à décrire dans le détail les faits, les lieux, les pensées. Ce qui donne en quelque sorte le style, chaque détail compte pour comprendre l'état psychologique du personnage. La ponctuation dense est opérée sur un mode classique qui ajoute une forme d’oppression supplémentaire.

Extrait 1:
[...] L’escalier de la cave était plongé dans l'obscurité. Le peu de lumière qui filtrait du couloir par le battant entrouvert de la porte me permettait à peine de distinguer la première marche. A quelques centimètres du montant de la porte mes doigts ont rencontré un interrupteur que j'ai, plusieurs fois, actionné sans succès. J'allais renoncer à mon projet quand j'ai remarqué, dans l'encoignure que la paroi de la cage d'escalier formait avec le mur de la porte, une lueur à peine perceptible. C'était, posé sur une petite étagère d'angle, un bocal en verre où se reflétait faiblement l'éclairage du couloir. A l'intérieur du bocal, des bougies ; à côté, une boîte d'allumettes et un bougeoir en laiton dans lequel était planté une bougie  à demi consumée que j'ai allumée. D'un pas prudent - les marches étaient étroites et hautes -, je me suis engagé dans l'escalier.
J'avais descendu trois marches quand j'ai entendu un bruit venu d'en bas. Un rat ? Il était trop tard pour renoncer. En arrivant au pied de l'escalier, j'ai deviné à cinq ou six mètres devant moi une grande masse sombre qui ne ressemblait à rien. J'étais si crispé que je ne pouvais plus tenir correctement le bougeoir.
[...]

Extrait 2 :
[...]  Il ne restait plus rien dans le frigidaire de la cuisine. Cuire des pâtes ma semblait au-dessus de mes forces. Chaque journée passée dans la maison m'avait fait vieillir de plusieurs années. Je n'arrivais pas à croire que j'étais arrivé depuis deux jours : le temps s'écoulait de manière bizarre, à la fois plus lente et plus rapide que d'habitude. Il paraît que c'est fréquent, cette espèce d'effondrement du temps, quand on prend des comprimés. J'ai compté qu'il me restait trois jours pour régler la situation puisque je devais retourner travailler mercredi matin. J'ai dû m'aider de mes doigts pour compter - dimanche, lundi, mardi. Il allait falloir trouver une solution, vite. J'avais peur. Jamais je n'allais réussir à me concentrer. Cette angoisse du temps qu'on arrive pas à maîtriser, je ne l'avais pas ressentie depuis les épreuves du bac. [...]

Il réussira à se concentrer, mais mal, pas suffisamment. Il agira mais il y aura des imprévus. Puis il y aura le dénouement final, cauchemardesque et implacable.

Gallimard ; 2015 ; 124 p. ; 13,50 € Disponible dans la collection Folio.

Tag(s) : #Littérature française

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