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bordeaux vintimille, harang, fait divers

La maison d'édition Bernard Grasset indique la publication d'un roman. Toutefois, l'auteur indique en exergue "Ce livre est un récit, plus qu'un roman". Au moment des faits, Jean-Baptiste Harang est correspondant régional du journal Libération à Toulouse. Il signe alors de nombreux articles au sujet de la triste affaire du Bordeaux-Vintimille. Dans ce train, le jeune Habib Grimzi -Rachid Abdou dans le texte - croise une équipée malfaisante de trois prétendants à la Légion étrangère passablement éméchés. Il s'en suit des violences qui se terminent par la défenestration du jeune Rachid

On découvre tout d'abord les circonstances qui ont conduit Rachid à effectuer un voyage de quelques jours à Bordeaux, quittant son Oran natal dans l'espoir de sceller une relation durable avec Patricia, sa correspondante française désignée dans le cadre scolaire. Un aller plein d'espoir suivi d'un non-retour. Et puis on découvre, terrifié, le triste voyage de retour. L'auteur décrit avec précision le profil des criminels, les actions d'un contrôleur bienveillant et protecteur mais dont la haine des agresseurs ne fera qu'une bouchée. Puis on rentre dans l'épopée judiciaire, les reconstitutions, le procès, les témoins, les contradictions obligées d'une relation de faits sans témoins directs.
Le récit est alerte, écrit au présent dans une langue agréable.
Extrait 1 :
[...] Ils se sont écrit bien au-delà de de ce que l'exercice scolaire demandait. Se sont parlé de leurs vies, découvert une même timidité que leurs lettres permettaient de dépasser un peu, avec l'impunité qu'assure l'éloignement, l'intimité des solitudes quand on sait que les regards ne se croiseront pas. Ils ont échangé des photos, des bouts d'herbier, comparé leurs modes de vie, des projets, partagé des morceaux de musique, des films qu'ils voyaient chacun de son côté des frontières, confronté des sujets du bac, et se sont félicités d'y avoir été reçus. [...]
Extrait 2 :
[...] Florent Lopez est inspecteur des trains, responsable des contrôleurs. Comme il en a l'habitude, il parcourt le convoi d'un bout à l'autre. Près de la porte du wagon 113, il découvre Rachid Abdou, accroupi, prostré, en sang, qui lui raconte sa mésaventure. Lopez demande à Abdou de lui désigner ses agresseurs. Abdou est terrorisé et se sent incapable de les revoir. Le train redémarre. Lopez lui propose alors de venir avec lui à l'avant du train et de l'installer dans sa propre cabine, mais le jeune homme refuse, il lui faudrait de nouveau passer devant le compartiment des apprentis légionnaires, ce qui est au-dessus de ses forces. Florent Lopez le conduit vers l'arrière du train, voiture 114, la dernière; et ferme à clé la porte de communication avec le reste du convoi. [...]

 

Le récit de ce fait divers survenu en 1983 est le reflet d'une France tenace dont une partie de la population conserve les relents d'un racisme aux multiples visages.

Grasset ; 121 p. ; 2013

Ci-dessous, vidéo source INA, extrait d'un journal de FR3 de 1986 consacré au procès en 1986.


 

 

Tag(s) : #Littérature française, #Docu-fiction, récit, essai

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